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Histoire du 11e

Du Moyen Âge au 18e siècle : la naissance des faubourgs

Le 11e arrondissement s'est construit autour de deux faubourgs qui s'étendaient à l'est de Paris : au nord, le faubourg du Temple ; au sud, le faubourg Saint-Antoine. Celui-ci tire son nom de l'abbaye Saint-Antoine-des-Champs, un couvent de femmes créé en 1204, autour duquel se développe au 13e siècle une première agglomération.
Situés à l'extérieur de l'enceinte de Paris, et de ce fait dotés d'un statut particulier (notamment l'exemption des droits d'entrée sur les marchandises), ces faubourgs ont longtemps conservé un caractère rural. Ils sont traversés par plusieurs voies importantes : la rue Saint-Maur, qui relie l'abbaye de Saint-Maur-des-Fossés à l'abbaye de Saint-Denis ; le chemin de Ménilmontant, la rue de Charonne et la rue de Montreuil, qui conduisent vers les villages de la banlieue ; la rue du Faubourg Saint-Antoine qui, par la place du Trône (actuelle place de la Nation), conduit au château royal de Vincennes et par laquelle passent les cortèges des rois lorsqu'ils font leur entrée dans Paris.
L'espace est occupé par des jardins, des vergers, des vignes, des prairies, ce dont témoigne encore le nom de la rue du Chemin vert. Quelques hameaux se développent à l'écart de l'abbaye, comme Popincourt ou La Croix-Faubin. Des notables parisiens s'y font construire des résidences champêtres, des « folies », comme la Folie-Regnault, la Folie-Titon, la Folie-Méricourt. De nombreux couvents s'y installent également à partir du 17e siècle, comme la Madeleine de Traisnel, Notre-Dame de Bon-Secours ou les Annonciades...

Une tradition fait remonter l'origine de l'artisanat dans le faubourg Saint-Antoine à une ordonnance de Louis XI, en 1471, qui aurait accordé aux « gens de métier » le privilège de s'établir en dehors du cadre des corporations. En réalité, la liberté du travail a été accordée aux artisans du faubourg par lettres patentes de Louis XIV en 1657. L'octroi de ce privilège marque le début de l'essor du faubourg. Nombre d'artisans, souvent d'origine provinciale ou étrangère, viennent s'y établir : des ébénistes lorrains ou allemands, des jardiniers normands, des chaudronniers auvergnats. Si les industries du bois sont les plus renommées, on trouve aussi la petite métallurgie, le textile, la porcelaine et la faïence, le salpêtre, la brasserie. La liberté du travail favorise l'innovation. Dès 1746, Vaucanson, l'introducteur en France du métier à tisser, installe des machines à l'Hôtel de Mortagne, rue de Charonne. En 1773, Jean-Baptiste Réveillon établit dans la Folie-Titon, rue de Montreuil, une manufacture de papiers peints qui emploie plus de 300 ouvriers en 1789. De quelques centaines d'habitants en 1635, le faubourg Saint-Antoine passe à 30 000 ou 40 000 dès le début du 18e siècle, soit 8 à 10 % de la population parisienne.
Pour encadrer cette population réputée indocile - d'autant plus qu'il s'y trouve des protestants - l'Église crée en 1712 une paroisse autour de Sainte-Marguerite, chapelle construite en 1625 comme succursale de la paroisse de Saint-Paul.

Quartiers de travail, les faubourgs sont aussi des lieux de plaisir. À l'extérieur de l'enceinte fiscale de Paris, de nombreuses guinguettes s'installent à la Courtille (Bas-Belleville), à la barrière de Fontarabie (en haut de la rue de Charonne), au Petit Charonne (en haut de la rue de Montreuil). Les Parisiens viennent s'y distraire et y boire un petit vin bon marché. L'un des établissements les plus courus est le « Tambour Royal », tenu par le célèbre Ramponneau, à l'angle de la rue Saint-Maur et de la rue de l'Orillon, où la bonne société parisienne ne dédaigne pas de venir s'encanailler, et qui débite chaque jour plus de 350 livres de vin...

Le faubourg des révolutions

Le peuple des faubourgs a la réputation d'être turbulent et prompt à se révolter. Un notable écrit en 1743 : On dit que le faubourg Saint-Antoine, qui contient quarante mille âmes, est animé d'un esprit de mutinerie. De fait, tout au long du 18e siècle, les émotions y sont fréquentes. À la fin des années 1780, la construction du mur des Fermiers généraux (actuels boulevards de Charonne, de Ménilmontant et de Belleville), qui englobe les faubourgs dans le périmètre fiscal de Paris, suscite une vive résistance. L'agitation s'amplifie à la faveur de la crise économique de 1788-1789. L'émeute Réveillon, qui éclate rue de Montreuil en avril 1789 à la suite de rumeurs attribuant au manufacturier Réveillon des propos sur le niveau trop élevé des salaires, est le prélude à la Révolution.
Le 14 juillet 1789, le peuple du faubourg Saint-Antoine est au premier rang des assaillants de la Bastille 69% des « vainqueurs de la Bastille » distingués par l'Assemblée nationale habitent le faubourg. Les sans-culottes des faubourgs s'enflamment encore lors des autres journées révolutionnaires, du 10 août 1792 jusqu'aux journées de Prairial an III (mai 1795) qui voient l'armée occuper le faubourg pour mettre un terme à l'agitation populaire.

L'esprit révolutionnaire des faubourgs resurgit lors des Trois-Glorieuses de juillet 1830 (en l'honneur desquelles est édifiée la colonne de Juillet), lors des journées de juin 1848 ou encore lors de la Commune de 1871. Le 11e est l'un des quartiers les plus engagés dans cette insurrection populaire. Il en est aussi l'ultime bastion lors de la Semaine sanglante, du 21 au 28 mai 1871. Tandis que la Commune s'est repliée dans la Mairie du 11e, les dernières barricades résistent aux Versaillais dans le secteur du faubourg du Temple et de la rue de la Fontaine au Roi.

Naissance du 11e arrondissement

C'est en 1860, après le rattachement à Paris des villages de la banlieue (Charonne, Ménilmontant, La Villette, etc.) que le 11e arrondissement acquiert sa configuration et sa dénomination actuelles. Il est limité à l'ouest par les boulevards aménagés à l'emplacement de l'enceinte de Louis XIII (Boulevards Beaumarchais, Filles du Calvaire, Temple)et à l'est par ceux qui suivent le tracé de l'ancienne enceinte des Fermiers généraux (Boulevards Charonne, Ménilmontant et Belleville).
Au 19e siècle, le quartier s'industrialise. Le faubourg Saint-Antoine reste le fief des industries du bois. Au nord, autour de la rue d'Angoulême (actuelle rue Jean-Pierre Timbaud), c'est la métallurgie qui domine. De grandes usines voient le jour comme la manufacture de coton de Richard et Lenoir dans le couvent de Bon-Secours, rue de Charonne, ou l'entreprise métallurgique Pihet, rue Neuve-Popincourt.

C'est alors que se constitue le paysage faubourien, avec ses cours et ses passages où habitat et industrie se mélangent. Le tissu urbain se densifie et la population croît très rapidement. Quartier d'accueil, le 11e voit arriver de nombreux immigrants : des provinciaux, mais aussi des Juifs d'Europe centrale et orientale et des Italiens. En 1870, avec 149 641 habitants, il est l'arrondissement le plus peuplé de Paris.

Dans ce tissu urbain très dense, difficile à maîtriser en cas d'insurrection, Napoléon III et son préfet Haussmann taillent des percées : la place du Château d'Eau (actuelle place de la République), le boulevard du Prince-Eugène (actuel boulevard Voltaire), l'avenue des Amandiers (actuelle avenue de la République), l'avenue Parmentier, le boulevard Richard-Lenoir qui recouvre le canal Saint-Martin et l'avenue Ledru-Rollin.

De la Belle Époque aux années 68

Au 20e siècle, le 11e est toujours un arrondissement industrieux et populaire. Malgré la répression qui suit la Commune, il n'a rien perdu de sa combativité. Il est un bastion du mouvement ouvrier et syndical. Il est aussi, depuis la fin du 19e siècle, un fief des partis de gauche, socialistes et communistes. Le gymnase Japy accueille le premier congrès des organisations socialistes en 1899, ainsi que plusieurs congrès de la CGT. Inaugurée en 1937, la Maison des Métallurgistes devient un lieu de solidarité et d'affirmation des acquis sociaux. Depuis les années 1880, le 11e est le lieu privilégié des grandes manifestations, de la montée au Mur des Fédérés jusqu'aux grands défilés du Front populaire.

De la Belle Époque aux Années Folles, la « Bastoche » attire aussi les fêtards et les mauvais garçons. Les bandes d'Apaches y terrorisent le bourgeois. On vient aux revues du Bataclan ; on chante à la Bastille ; on danse dans les bals de la rue de Lappe : le Balajo est inauguré le 18 juin 1936, en pleine euphorie du Front populaire.

Durant l'Occupation, l'arrondissement connaît des heures sombres, avec les rafles d'hommes, de femmes et d'enfants juifs, internés au gymnase Japy en août 1941 et en juillet 1942 avant d'être déportés. De nombreux habitants du 11e rejoignent la Résistance. Les rues Jean-Pierre Timbaud ou Léon Frot, les squares Marcel Rajman ou Maurice Gardette, rappellent le sacrifice de ces militants. En août 1944, le 11e retrouve la tradition des barricades lors de l'insurrection qui prélude à la Libération de Paris.

Au seuil du 21e siècle

Aujourd'hui, le 11e n'est plus un arrondissement périphérique. Dans le sillage de l'Opéra-Bastille, inauguré en 1989 pour le bicentenaire de la Révolution, galeries, ateliers, librairies, théâtres viennent s'y installer. Si les activités traditionnelles industrielles ou artisanales ont décliné, de nouvelles activités ont pris le relais : professions intellectuelles et artistiques, industries numériques, services. Les anciens espaces industriels laissés libres attirent une nouvelle population, jeune, qui vient y vivre, ou simplement s'y divertir dans les restaurants ou les discothèques du quartier Bastille ou du quartier Oberkampf, nouveaux hauts lieux des nuits parisiennes.

S'il n'est plus le quartier exclusivement populaire qu'il a été, le 11e arrondissement n'en reste pas moins fidèle à son histoire. Malgré les dégâts de l'urbanisme des années 70 et 80, il a réussi à préserver en grande partie son bâti traditionnel. Arrondissement le plus dense de Paris, il reste un lieu de mixité sociale et culturelle, et conserve son caractère de quartier d'accueil, notamment dans le secteur Belleville-Fontaine au Roi, où à côté des communautés issues de l'immigration ancienne, coexistent des populations d'origine asiatique, maghrébine ou africaine.

En 1995, la gauche a reconquis la mairie du 11e qu'elle avait concédé à la droite en 1983. Et le triangle République-Bastille-Nation est toujours le parcours privilégié des grandes manifestations qui perpétuent la tradition démocratique et revendicative des faubourgs.