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Reportage

Elles fabriquent des masques pour les soignants

Mise à jour le 10/04/2020
Couturières bénévoles et leur famille, associations, artisans, fablabs, entreprises… Dans le 11e arrondissement, de nombreux acteurs s’organisent pour fabriquer du matériel de protection à destination des soignants, et plus largement de ceux qui en ont besoin.

Une solidarité de proximité

Depuis plusieurs semaines, le personnel soignant des hôpitaux, et plus largement les professionnels de santé, doivent faire face à la crise du Covid-19 avec un stock de matériel de protection insuffisant, malgré les actions mises en place par des collectivités locales pour pallier à ce manque.
Certains professionnels se sont donc tournés vers les acteurs de leur territoire pour leur venir en aide. C’est le cas d’une infirmière de l’Hôpital Saint-Antoine, situé dans le 11e arrondissement de Paris, qui a partagé à l’AQSB (Association du Quartier Saint-Bernard) les difficultés de l’hôpital pour se fournir en matériel.
Massering Sylla est coordinateur de l’association depuis une vingtaine d’année : « L’association a pour missions la prévention et l’animation dans le quartier, pour les jeunes et plus globalement tous les habitants. Notre action principale, c’est l’accompagnement à la scolarité (de la primaire au lycée), alors pour garder un lien avec les jeunes et les habitants, l’accompagnement continue à distance pendant le confinement, et on envoie une feuille de chou aux habitants chaque semaine ».
Depuis le mois d’octobre, les mères de famille bénévoles dans l’association se réunissaient chaque vendredi dans le cadre d’un atelier couture nouvellement créé. Suite à la demande de l’infirmière de Saint-Antoine, Massering Sylla apporte tissu et machines à coudre de l’association aux bénévoles de ce groupe, qui sont une dizaine à participer à la découpe des tissus, au repassage… Mais seulement 3 à coudre. Rime Boussoukaya en fait partie : « Avant, je cousais des ourlets, je reprisais des pantalons… Des choses simples. C’est la première fois que je couds des modèles grâce à l’association. Avant le confinement on fabriquait des trousses, des sacs pour les jeunes.»
Pour aider les soignants, toute sa famille met la main à la pâte : « Mes deux enfants de 17 et 20 ans cousent avec moi : je leur ai appris à faire les charlottes et les masques, mon mari coupe le tissu, et mon grand fils enlève les fils. Ma fille de 13 ans nous filme, pour qu’on envoie les explications vidéos aux personnes qui ne savaient pas exactement comment coudre les modèles. Le premier jour où Massering m’a appelé, j’ai cherché un modèle, et on a fini à 2h du matin ! Pour l’instant, on a donné 164 charlottes à l’hôpital, et depuis hier j’ai cousu 72 masques. »
Massering Sylla récupère ensuite les charlottes et les masques, puis il les donne à l’infirmière de Saint-Antoine, qui les lave pour les désinfecter avant de les apporter à l’hôpital. Il précise : « On a aussi donné quelques charlottes à l’hôpital Tenon, qui en avait besoin, par le biais d’un infirmier qui habite le quartier et qui travaille à Tenon. Donc on reste en alerte dès qu’on reçoit des mails : en fonction de ce qu’on peut faire et de ce qu’on sait faire, on y répond. Les tâches des soignants sont difficiles, et l’hôpital avait aussi besoin de ce soutien de proximité qu’on est très contents d’apporter : pour nous, c’est très important que la solidarité passe aussi par la proximité. »

Associations et artisans s’engagent

L’Association du Quartier Saint-Bernard n’est pas la seule à se mobiliser pour la fabrication de matériel de protection.
Margherita Matticari est artisan. Elle a créé la marque de maroquinerie Beunperfect, et a reçu le label Fabriqué à Paris. Pour se rendre utile alors que son activité était en arrêt forcé, elle a commencé à fabriquer des masques en tissu à usage non sanitaire, à destination du grand public. Elle est aujourd’hui en contact avec La Petite Rockette, ressourcerie du 11e arrondissement, pour commencer à réaliser des masques sur le modèle recommandé par l’AFNOR, avec les matériaux adaptés disponibles à la ressourcerie.
Le centre de formation la Bonne Graine, école d’ameublement de Paris, s’est également lancé dans la fabrication à partir de leurs stocks de toile, en lançant un appel à volontaires dans leur secteur d’activité. Artisans et professionnels ont répondu présents, et les matériaux de l’école ont pu être mis à disposition pour lancer une production.
Enfin, LCC, l’atelier de haute couture de Lazar Cuckovic situé dans l’arrondissement, s’est converti à la fabrication de blouses médicales pour le personnel soignant.

Visières en impression 3D

Pour se protéger des projections de gouttelettes qui transportent le virus, le tissu n’est pas la seule option.
Zoé Raphaël est membre du Petit Fablab de Paris (LPFP), situé avenue Philippe Auguste, depuis environ deux ans : « Notre lab est bénévole et associatif. Nous fabriquons avec les outils du lab (imprimantes 3D, découpeuse laser, électroportatif, …) des objets propres à chacun (un mini flipper, une peluche électronique, un instrument de musique électronique aussi, etc), ou bien collectifs, comme un robot ! »
Le lab LPFP fait partie du Réseau Français des Fablabs (RFF), qui a commencé à développer des solutions protectrices pour les soignants qui font face au covid-19.
« J’ai trouvé la dynamique pertinente dans la situation actuelle. Nous utilisons un modèle créé par le Fablabs parisien Volumes, et amélioré par l'université de Franche Comté. Antonin, de Simplon Lab a mis au point le process de production et nous le répliquons au LPFP. Nous fabriquons ces visières pour l'AP-HP.»
Mako, usine-boutique spécialisée dans l’impression 3D située rue des boulets, s’est quant à elle associée à plusieurs « Makers » parisiens pour créer le projet « Les visières solidaires ». En lien avec l’Institut Curie et l’Hôpital Universitaire Robert Debré, ils ont conçu deux modèles de visière validés par les structures hospitalières, permettant le port de lunettes ainsi que de masques respiratoires.

Vous pouvez participer

Si vous avez une machine à coudre, vous pouvez contacter l’Association du Quartier Saint-Bernard pour participer à la fabrication de charlottes et de masques à l’adresse suivante : ohernh@dfo11.bet[bureau puis qsb11.org après le signe @]

L’association cherche également du tissu en coton.
La Bonne Graine cherche également toujours des volontaires professionnels de l’ameublement : neanhq.frvtarhe@jnanqbb.se[arnaud.seigneur puis wanadoo.fr après le signe @]

Les bénévoles du Petit Fablab de Paris recherchent quant à eux des matériaux plus spécifiques : des feuilles A4 rhodoid ou PVC (qui servent à faire les couvertures de documents reliés) et d'élastiques de bureau (environ 8-10 cm) : mbrencunry@ubgznvy.pbz[zoeraphael puis hotmail.com après le signe @]

À vos tiroirs de bureaux, et vos draps inutilisés !

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